Élise Lucet n’existe pas, c’était une caméra cachée de Greg Guillotin

Depuis 2012, Grégory Guillotin piégeait les téléspectateurs dans les émissions Cash Investigation et Envoyé Spécial. Il a accepté de répondre aux questions de Courrier briard.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire cette caméra cachée ?

Depuis longtemps avec le Studio Bagel et Nou, on réalisait des pranks (Caméras cachées, ndlr). On se marrait bien mais j’avais l’ambition de réaliser quelque chose de plus gros, de plus long, et dans l’idéal, le faire uniquement avec de l’argent public.

Comment avez-vous capté l’attention des téléspectateurs ?

C’était très simple, il fallait faire peur, il fallait scandaliser, il fallait que les gens soit inquiets, fascinés et énervés en regardant nos émissions. On voulait de la vraie putaclic télévisuelle. Il fallait aller de plus en plus loin à chaque fois.

Sur quels principes reposait votre émission ?

La stratégie globale, c’était de faire de l’anti-science, déformer les véritables études scientifiques et jouer sur la peur. L’objectif était de faire passer les grosses entreprises de l’agro-alimentaire pour des gros bâtards.

C’est sur le glyphosate que l’on a fait notre plus grand coup. Mais ça n’a pas été facile. Aucune véritable étude sérieuse ne démontrait de risque avéré pour la santé aux doses où nous sommes exposées. Moi personnellement je ne suis pas scientifique, j’ai eu de grosses difficultés à crédibiliser notre canular.

Mais on n’avait aucun scrupule, on essayait beaucoup de jouer sur l’émotion des gens, en montrant des personnes malades par exemple, sans démontrer la véritable cause de la maladie.

On vous a reproché d’avoir employé des acteurs dans vos précédentes caméras cachés, l’avez-vous fait ici ?

Pour crédibiliser les émissions, on était obligé d’avoir des faux scientifiques, des charlatans qui s’exprimaient. Séralini par exemple est un ancien ingénieur du son du Studio Bagel. Heureusement peu connu, il a sans problème pu se faire passer pour un biologiste, il a inventé toutes ses études. Il ne faut pas croire, c’est un travail de dingue derrière. Je pense aussi à mon pote Tristan Waleckx qui nous aidait beaucoup pour construire des faux argumentaires. Le pauvre a beaucoup servi de community manager sur Twitter aussi, on l’appelait Tristan BloqueTout. (rires)

Sur le glyphosate, certains journalistes ont commencé à remettre en question certaines informations de votre émission, comment avez-vous géré ça ?

C’est à ce moment-là que c’est devenu vraiment difficile. Un grand nombre de chercheurs, d’ingénieurs et de journalistes ont commencé à critiquer certains éléments de l’émission. Je pense à Emmanuelle Ducros et Géraldine Woessner, mais également Mac Lesggy, le Youtubeur Matadon et beaucoup d’autres.

Monsanto était notre bouc-émissaire idéal. Dans une des émissions, on montrait une bouteille de glyphosate en parlant justement de Monsanto, or la bouteille en question n’était pas produite par Monsanto mais par Glyper. Une erreur de tournage, repéré rapidement par des twittos (Utilisateurs Twitter, ndlr), qui a failli nous couter très cher.

C’était vraiment difficile par moment, je mourrais d’envie de leur dire que c’était une blague, et en même temps ils participaient beaucoup à la visibilité de l’émission sur Twitter.

Un tweet du faux compte Twitter de Greg Guillotin

Vous avez pris parti récemment dans l’affaire Emmanuelle Ducros, ne pensez-vous pas être allé trop loin ?

Je me demandais toujours jusqu’où les gens me suivraient. Ici, je reprochais à Emmanuelle Ducros d’avoir touché 1/25ème de mon salaire dans une conférence sur la brioche, et chose incroyable, personne ne trouvait cela absurde. Les gens sont fascinants.

Comment avez-vous convaincu trente personnalités de procéder à un test urinaire ?

Les personnalités sont des gens comme les autres. Ce fut très facile de les duper également. Certaines que je connaissais très bien ne m’ont même pas reconnu sous mon déguisement d’Élise Lucet.

C’était trop drôle de les voir arriver avec leur petit échantillon d’urine. Le pire, c’est qu’on les a vraiment fait analyser. Au final, on a trouvé plus de traces de cocaïne et de cannabis que de glyphosate.

Pourquoi arrêter aujourd’hui ?

La difficulté dans une caméra cachée est de déterminer à quel moment on arrête la blague. J’aurais pu continuer encore une dizaine d’émissions je pense, mais je n’aurais pas réussi à maintenir si longtemps ce niveau de crédulité chez le téléspectateur. Réalisant toujours mes “Le Pire Stagiaire” sur C8, les gens commençaient à me connaitre. J’allais forcément me faire griller.

Vous avez parlé brièvement de salaire, gagnez-vous comme votre personnage 25 000 euros par mois ?

(rires) Évidemment que non, je suis intermittent.

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